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Le père d’une des victimes de Paris partage ses souvenirs et sa douleur

Mercredi 21 janvier 2015 - 3h49

 

 

 

Le père d’une des victimes de Paris partage ses souvenirs et sa douleur

 

Le papa de Yoav Hattab, 21 ans, pleure son fils et exhorte à faire des mitsvot à sa mémoire

par le rav Binyamin Hattab

Yoav Hattab, à droite, avec un ami.Par la grâce de D.ieu

Vendredi, Erev Chabbat, Parachat Vaera
25 Tévet 5775 - 15 janvier 2015

Ces derniers jours, j’ai ressenti l’amour de tout le peuple juif. J’ai ressenti ce grand deuil qui s’est abattu sur nous tous avec l’horrible assassinat de Yoav, qui fut tué avec Yohan, François-Michel et Philippe par un terroriste.

Cet amour a profondément touché nos cœurs, et je ressens le besoin de mettre mes sentiments par écrit et de les partager avec vous. Que puis-je écrire sur Yoav, un jeune homme charmant, chéri de mon cœur, qui nous fut si subitement arraché ? Cher Yoav, tu as laissé un trou béant, une plaie ouverte dans nos cœurs qui ne guérira jamais. Vendredi après-midi, nous avons reçu ce terrible coup de téléphone de Paris. On nous a dit qu’un terroriste avait investi l’Hyper Cacher et que notre Yoav se trouvait à l’intérieur. Il y avait des rumeurs selon lesquelles plusieurs personnes avaient été tuées en luttant contre le terroriste.

En larmes, j’ai dit à ceux qui étaient près de moi que j’étais certain que Yoav comptait parmi eux. Parce que Yoav n’était pas homme à regarder tranquillement un terroriste essayant de tuer des gens. Je savais qu’il allait se battre. Je savais qu’il ferait tout ce qu’il pourrait pour arrêter la sauvagerie, même si cela signifiait mettre sa propre vie en jeu

Quelques heures plus tard, il s’avéra que j’avais tragiquement vu juste. Peu après que le terroriste soit rentré dans le magasin, Yoav prit l’une de ses armes et tenta de lui tirer dessus. L’arme s’enraya et le terroriste l’abattit sur place.

L’âme de Yoav s’éleva directement au paradis, pour demeurer parmi tous les justes, avec les autres martyrs qui ont donné leur vie pour sanctifier le nom de D.ieu.

Yoav a grandi dans un foyer imprégné d’éducation. Notre famille a le grand mérite de poursuivre la mission du Rav Nissan Pinson, que sa mémoire soit une bénédiction, et de son épouse Rachel, puisse-t-elle vivre en bonne santé, qui furent envoyé par le Rabbi – Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie – à Tunis pour insuffler de la vitalité à la communauté juive et y fonder des institutions éducatives.

Même dans les moments les plus difficiles pour notre communauté à Tunis, le Rabbi nous a grandement encouragés et Yoav baigna dans cet esprit de joie et de préoccupation pour l’autre, et l’intégra à sa propre vie.

Yoav était un bon élève. Mais, par-dessus tout, il était dévoué de toute son âme au service de D.ieu et débordait d’amour pour son prochain. Il était rempli de souci et d’amour envers chacun, aidant les autres dès que l’occasion se présentait.

 

Yoav Hattab envoya ce dernier SMS vendredi dernier juste avant d’entrer au Hyper Cacher, où il fut assassiné.

Yoav Hattab envoya ce dernier SMS vendredi dernier juste avant d’entrer au Hyper Cacher, où il fut assassiné.

 

D.ieu a béni Yoav d’une voix douce. Il était un chantre et un lecteur de la Torah, dont le chant et les prières étaient un plaisir à écouter. Il priait et lisait la Torah de tout son cœur et sa voix touchait tout le monde.

Et il n’utilisait pas ses talents seulement pour lui-même : il préparait régulièrement des enfants à leur bar-mitsva, leur enseignant le soir après de longues journées de travail, et ce, gratuitement. Et, discrètement, sans tambour ni trompette, il donnait aussi beaucoup de charité.

Yoav manquera beaucoup à sa famille qui l’aime tellement, mais presque autant à ses amis, envers qui il a toujours été si dévoué et serviable.

« Honorez la Reine Chabbat »

Yoav avait un amour spécial du Chabbat. Il faisait les préparatifs pour le Chabbat, achetait les meilleurs aliments et les préparait lui-même. Avant le Chabbat, il se baignait et se parfumait comme un jeune marié pour son épouse, puis se rendait à la synagogue où il menait les offices.

Il se levait tôt le Chabbat matin pour étudier la partie hebdomadaire de la Torah. Même dans ses derniers moments, il était parti acheter des aliments pour honorer son Chabbat bien-aimée.

Il n’a jamais manqué un jour de mettre les téfilines et il n’a jamais connu de période sans étude de la Torah. Ce même vendredi, il avait eu un cours dans la matinée avec le Rav Taïeb.

Yoav observait méticuleusement les mitsvot, y compris le commandementd’honorer ses parents. En même temps, il encourageait toujours ses amis à ajouter une mitsva, puis encore une autre. Dans sa dernière conversation par SMS, quelques minutes avant d’entrer à Hyper Cacher, il exhortait son ami à augmenter son observance du Chabbat.

Tel était notre bien-aimé Yoav.

Ces derniers jours, nous avons reçu tant d’amour et de soutien du peuple juif. Des milliers de personnes qui n’ont jamais rencontré Yoav sont venues à son enterrement pour nous consoler et partager notre chagrin. Cela a profondément touché nos cœurs.

Si je peux formuler une demande, ce serait de perpétuer le souvenir de Yoav en partageant son amour, en essayant d’aimer le peuple juif encore plus. Et, comme Yoav, d’encourager tous ceux que vous connaissez à augmenter dans les mitsvot pour le mérite de son âme et des âmes des autres victimes, Yohan, Philippe et François-Michel.

Vos bonnes actions perpétueront leurs vies, qui furent brutalement écourtées. C’est ce que Yoav aimait et maintenant, du ciel, il regarde vers le bas avec les autres et il se réjouit de voir que nous continuons son chemin, ajoutant de bonnes actions et encourageant les autres à faire de même.

J’aimerais demander expressément que tous ajoutent à l’honneur de la reine Chabbat, si chère à notre fils. Même si vous ne vous sentez pas encore prêt à observer l’intégralité du Chabbat, essayer de le faire au moins partiellement. Allumez les bougies de Chabbat, faites un repas de Chabbat avec votre famille, assistez à la prière à la synagogue et, quand vous entendrez la douce voix du chantre, rappelez-vous la douce voix de notre cher Yoav, la voix qui chante dans le ciel pour toutes les âmes des justes : « Lekhou neranéna laHachem, Allons chanter devant D.ieu ! » Ce serait particulièrement touchant de le faire maintenant, alors que nous sommes encore dans la période de deuil pour les défunts.

Notre Yoav, s’il te plaît, demande au Maître du Monde qu’Il mette un terme à toutes les souffrances de notre peuple, qu’Il nous envoie Machia’h et que nous puissions de nouveau te voir et te prendre dans nos bras.

Nous t’aimons beaucoup et penserons toujours à toi.

Binyamin Batou Hattab
Tunis

Commentaires sur: Le père d’une des victimes de Paris partage ses souvenirs et sa douleur
2/18/2015

Patricia Zoltobroda a écrit...

Monsieur Hattab,

Votre discours me fend le coeur face à la perte de votre fils bien aimé.

Je pense souvent à Yoav, Yohan, Philippe et François-Michel.

J'ai une stédaka à la maison, et j'y mets des pièces en pensant à chaque fois à eux.
Je vais demander de faire de même à mes jumelles qui sont en vacances en ce moment en Israel avec Taglit. Un voyage que venait aussi de faire Yoav en Décembre.

Je vous embrasse ainsi que votre famille de tout mon coeur.

Patricia Zoltobroda