A Bry-sur-Marne, le rabbin loubavitch en quête de nouveaux croyants

Article publié le 11 Mars 2009
Par Stéphanie Le Bars

Source : LE MONDE

Article paru dans "Le Monde"

Il y a ceux qui s'étonnent que les femmes et les hommes ne soient pas assis aux mêmes tables ; ceux qui sont venus sans kippa ; celles qui arborent un décolleté assez peu orthodoxe et portent pantalon. Il y a aussi ceux qui ont jeûné depuis la veille pour célébrer comme il faut la fête juive de Pourim ; et, ici ou là, ces jeunes hommes enchapeautés de noir qui, plongés dans un livre pieux, s'isolent du brouhaha et des cris des enfants déguisés pour l'occasion.


Sans chichis, près de 200 personnes ont répondu, lundi 9 mars, à l'invitation du nouveau rabbin de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne). A 25 ans, Israël Asseraf, "délégué loubavitch" polyglotte, a pour mission de "raviver la flamme du judaïsme caché en chaque juif".

Pressentant un "potentiel juif", son organisation, branche militante du judaïsme orthodoxe, l'a parachuté dans cette ville il y a deux ans. Dès son arrivée, il a consulté les pages blanches de l'annuaire, repéré les noms possiblement juifs, toqué aux portes et proposé ses services. "Lorsqu'une amie m'a dit qu'il y avait un nouveau rabbin en ville, je l'ai appelé pour qu'il passe vérifier mes mezouzot (les parchemins roulés, accrochés à l'entrée des maisons)", témoigne Nelly Benichou, qui jusqu'alors n'allait à la synagogue de la ville voisine que pour les fêtes. Les plus pratiquants, qui n'utilisent pas la voiture pour sabbat, devaient marcher trois quarts d'heure chaque semaine. Depuis deux mois, un beth habad - "maison loubavitch" - a ouvert dans un pavillon de Bry, offrant synagogue et cours de Talmud, animés par la femme du rabbin. "Les Asseraf donnent envie d'approfondir la pratique, notamment la cacherout", sourit Mme Benichou.

"En général, les gens sont heureux de pouvoir mieux pratiquer ou retrouver leur judaïsme", explique le jeune rabbin. "Les plus assimilés disent qu'ils ne sont pas intéressés, mais je leur laisse ma carte car ils finissent par avoir besoin d'un rabbin pour un mariage ou une circoncision." Jean-Louis, non croyant, est de ceux-là. C'est avec Israël que son fils a fait sa bar-mitsva, "par tradition". Marjorie Abitbol, à Bry depuis vingt-sept ans, n'imaginait pas qu'il y vivait "autant de juifs. Les loubavitch ont ramené les égarés".

"E-TORAH"

A leur manière, omniprésence sur le terrain, affichage identitaire, ouverture à tous les types de pratiques, les loubavitch luttent contre ce que le Centre rabbinique européen, réuni récemment à Paris, dénonce : les risques d'assimilation des juifs dans les sociétés occidentales. "Les mariages mixtes, près de 60 %, la faiblesse des structures communautaires, l'antisémitisme, le relativisme" contribuent, selon eux, à cette évaporation. Une étude américaine estime qu'après quatre générations, seuls 3 % des juifs laïcs et 13 % des juifs libéraux affichent une identité juive, alors que cent juifs orthodoxes "donnent" 2 587 juifs, grâce à l'endogamie et à un taux de natalité de 6,9 enfants par femme.

Dans leur combat contre le "désert juif", les loubavitch mettent en avant leur "dynamisme et leur abnégation", qualités que leur reconnaissent les rabbins traditionnels. Tous les jeudis, Yossi Amar, qui a ouvert un beth habad à Pontault-Combault (Seine-et-Marne), envoie un texte "d'e-torah" à 1 000 adresses mails, obtenues par le bouche-à-oreille. "Pour Pâque, on expédie des galettes de pain azyme à 1 000 familles ou on livre un repas casher à des malades hospitalisés." M. Amar peut aussi faire des dizaines de kilomètres pour aider un fidèle débutant à poser une mezouza. Il a même appris à un "non circoncis la manière de porter les phylactères pour la prière du matin".

Lors de Hanoukka, la fête des lumières, les jeunes loubavitch n'hésitent pas à frapper chez les familles juives pour demander s'ils ont allumé le chandelier. Ce côté prosélyte gêne parfois certains juifs, pratiquants ou non. Un trait de caractère assumé par les loubavitch. "Ceux qui viennent chez nous savent où ils mettent les pieds. Et je n'ai jamais vu un enfant modifier le mode de vie de toute sa famille", assure M. Amar.